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    23 Déc 2007 

    THINK 

    «  Une logique de profanation gouverne maintenant notre vivre ensemble… Nous voilà condamnés à ces espaces venteux où s'ébat la calomnie et où règne l'insignifiance. » Jean-Claude GUILLEBAUD, « Ecoutez voir », Le TéléObs., n° 2225 

    « Having another fish to fry » ou sensible à la pensée du jour ???


    12 Déc 2007 

    -1-

    Bienvenue chez nous …

    Marine était entrée chez Plombo worldwide un douze septembre après un entretien le onze : date anniversaire d’un cataclysme qui allait devenir le sien.

    Il y a des signes qui ne trompent pas : lorsqu’elle s’est présentée à l’entretien d’embauche, on lui indiqué un couloir à gauche, puis une petite salle de réunion sans qu’elle ne traverse les deux espaces ouverts : celui des consultants et celui des assistantes. Cette toponymie des lieux lui a échappé, toute concentrée qu’elle était sur les vingt questions - pièges des recruteurs. Elle a eu le temps de noter qu’il n’y a pas d’accueil, ni de téléphoniste… Que la machine à café est payante et qu’il n’y a pas de fontaine : ici, pas de superflu pour le personnel !

    En outre, elle ne verra pas non plus le consultant pour qui elle va travailler :
    - Vous le verrez à la fin de votre première semaine : il est en déplacement. Sur le plan humain, c’est quelqu’un de très sympathique. C’est notre meilleur vendeur après Gilbert, notre PDG France. Un as de la vente, lui.
    Ma parole, c’est une équipe olympique, se dit-elle : reste à identifier la discipline …

    Comme si on voulait l’empêcher de rencontrer les personnes pour qu’elle ne puisse pas se forger une opinion sur le climat du cabinet de Conseil. Le mythe de la Caverne a la vie dure : je te montre les ombres de la réalité mais te cache bien celle-ci : il sera toujours temps de la découvrir, sous-entendu - à tes dépens.

    Le vendredi midi : lunch en terrasse, à l’ombre d’un parasol avec une consultante –eh oui, il y a quand même trois. C’est vrai qu’il avait une gueule sympa super-sourire Gibbs et son costume Boss, HUGO Boss bien sûr, un peu trop sombre, le costume, … mais tellement classe. Marine prend juste un plat du jour, budget oblige.

    - Laisse Marine, c’est pour moi.
    - Mais non, il n’y a pas de raison, répond Marine.
    - Ne t’en fais pas, rétorque la consultante ironique. Ce n’est pas lui qui paie mais Panier & Crabb. Tant qu’on peut en profiter !
    Flûte, pense Marine. Si j’avais su j’aurais pris dessert et café : la formule, quoi !

    Carte gold et geste ample : décidément, les Français sont des bêtes bizarres. Ils profitent de leur boîte comme si tout leur était dû. Un héritage de la royauté ??? Ils n’ont pas dû couper assez de têtes en 1789 … Privilèges de caste, signes extérieurs du pouvoir : lamentable en quelque sorte. Je (dé)pense donc je suis.

    Les largesses se répéteront pendant trois semaines. Histoire de ferrer le poisson : la loyauté par l’estomac. Encore un qui a bien intégré la pyramide de Maslow. « Panem et circenses » : du pain et des jeux.
    - Tu verras on a vraiment du fun chez P&C, poursuit la consultante. Il y a une super-ambiance. Le CE organise plein de sorties.

    Le mot est faible. Tous les matins, séance de bisous. Il y a en tout quarante personnes dans ce cabinet qui vont et viennent comme c’est le cas dans les cabinets de conseil mais tous les matins, il y a la sacro-sainte « fricassée de museaux ». Entendez : bisous sur les deux joues. On n’y coupe pas. Quand on oublie quelqu’un c’est que l’on est fâché ou que la personne est mise en quarantaine. Quand il y a eu l’épidémie de grippe, elle s’est propagée sur tout l’étage : la bise soufflait le froid.

    Mais le rite le plus initiatique est la pause cigarette. Et là, première erreur impardonnable : Marine ne fume pas et n’a jamais fumé. Carton jaune. C’est le Grand Tribunal où se jouent les alliances, tombent les verdicts et se tricotent les procès d’intentions. Jusqu’au début de l’année, la confrérie de clopeurs médisants se réunissait dans un petit local qui pue la nicotine. Aujourd’hui, ils se gèlent dehors mais cela n’a rien enlevé à leur efficacité toxique.

    La facture est réelle. Brèves présentations avec l’assistante de direction qu’elle va remplacer.

    - Je te présente Françoise que tu vas remplacer. Nous aurons une réunion d’ici un ou deux jours. Françoise travaille sur un dossier qui lui prend tout son temps. Quant à toi, tu vas rencontrer les principales personnes pour bien comprendre comment nous travaillons.

    Marine est baladée de l’un à l’autre : discours creux, parfaitement inutile pour faire son job. Un « window dressing » sur l’efficacité comptable, RH, e tutti quanti.

    Parcours soigneusement chronométré par l’éminence grise de ces lieux, l’Assistante de Direction –avec majuscules.

    - Tu sais j’ai un excellent contact avec Gilbert –le PDG super-vendeur. Il bosse énormément et est très peu présent. Il me fait entièrement confiance. Nous travaillons depuis si longtemps ensemble.

    A ce moment, on entend une violente altercation entre Françoise et Monsieur sourire Gibbs

    - Et j’en ai marre. Comment veux-tu que je réponde au Client, moi. Il faut toujours que je me démerde et puis, après tu récupères la situation en disant que je n’ai pas fait mon boulot.

    - Tu vois, chuchote l’Assistante de Direction, avec délectation. C’est toujours la même chose avec Françoise. Elle ne sait pas gérer son stress. Elle n’a pas vraiment la notion de service. Une bonne assistante doit couvrir son consultant vis-à-vis du Client.

    Pendant une semaine, Marine ne verra pas Françoise. Juste, le bonjour matinal, sans bisou – tiens, elle non plus.

    12 Déc 2007 

    LOOK

    « Les politiques affirment que nous sommes maintenant dans un marché libre. En conséquence, il n'y a personne pour représenter ceux dont les vies sont détruites par cette économie de libre marché.» Ken Loach

    Coffret Ken Loach. Carla's Song, My Name is Joe. Il inclut également deux documentaires : Les Dockers de Liverpool et Which Side are you on ? Années '90, vol. 2, Diaphana Edition Vidéo. > 30 euro.



    READ

    Planète Street aux Editions Pyramyd. Roger Gastman, Caleb Neelon et A. Smyrski signent une anthologie de la Street Culture : des camions peints du Pakistan aux tags de Los Angeles, en passant par les tatouages à Londres. Sous-culture, excès en tous genres mais aussi mondialisation de la création dans ce qu'elle a de « primal ». Un étonnant, hallucinant voyage. 39,50 euro.



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